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Affichage des articles associés au libellé poésie

la dernière question

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une question en attendant (on ne saura pas quoi) te souviens-tu mal comme moi de nos jours arbustes et rongeurs ? c’était il y a des lunes vécues de près (aux blancs réaccordés la veille aux noirs plus vastes que le soleil) l’éclipse posait en innocente j’étais (ou était-ce toi ?) l’épine et le tannin – nos sangs d’avant la rouille sentaient tombés en pluie sur la rocaille d’après-midi – vapeur suée de fièvres improbables tu étais (ou était-ce moi ?) dent de lait cru – mordons le sein quand il est chaud – poil revêche au plumage blond du ni-souris-ni-tant-poussin-non-plus dans la sève d’alors (et la lymphe indistincte) dans la fureur de jouer l’incarnation à la lettre ébriété du premier tact (il y en aurait dix mille) te souviens-tu qui a gouté à qui ?

transmigrations

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en attendant qu’un minimum de vie achève de digérer sans trop de liesse le polyester plus ou moins dégradable (on nous a faits vieux jeu) de nos petits souvenirs à deux on se réveille à tout bout de champ ou serait-ce à tout bout de chant ? on perd le fil – c’est à cause de l’oiseau fantôme c’est à cause du moineau blanc comme un vieux drap percé au bec il vient nous picosser le peu de mots qui reste encore tissé à notre histoire on arrive mal à lui en vouloir à ce moineau qui est aussi pauvre que notre mort bâclée à deux on ne veut plus rien ni à personne (on ne saurait qui de toute façon) on le laisse jouer au cerf-volant avec nos trames effilochées on se laisse porter au gré des vents ou de ses sautes d’humeur ça nous secoue de temps en temps et on se réveille ailleurs – sur l’eau presque givrée d’une piscine hors-terre (on sait alors que l’hiver sera doux comme un lampion dans un igloo) – ou dans les pointes rousses du seul thuya mal épanoui sur le terrain...

planche anatomique

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c’est ton doigt qui percera le premier : léchées de ciel sur le vernis d’un ongle cassé dans l’insenti de la glaise-mère (tant de chairs fouies en une) l’engourdissement n’a jamais lieu ce n’est pas moi qui le dit (je n’ai plus rien de propre) mais ce sera noté sur le rapport préliminaire : « tout n’est que boue mais les couleurs ! » on nous les reprendra toutes et nous reparaîtrons nœuds et colliers (comme ceux que tu bricolais en mourant : ne t’étais-tu pas parfumée ce soir-là ?) sur des lamelles transversales avec cette seule main à moi encore tenace qui reposera cousue à la tienne dans notre présentoir en vitre

stations

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on a manqué le dernier métro de trois ans on s’est quand même assis en attendant que rien ne vienne récupérer nos deux flèches perdues sur la carte il n’y aura plus de visage dans la foule plus de pétale sur la branche noire et mouillée l’arbre s’est fait pore il a recraché l’écorce par la peau il renâcle et se débite il redevient grume vive laisse s’évaporer ses cercles de croissance il s’offre à l’atmosphère réenracine son or sa pulpe au-dessus de la noyade ou de l’électrocution dans le ronflement des tunnels je te demande si le courant passe toujours entre nous deux     tu me dis qu’il grésille sous le bleu des eaux que notre amour aussi est bleu comme l’ozone qu’il nous protège encore de loin  – puis  tu  regardes convulser les cernes derrière les vieilles affiches tu dis qu'une écriture tente de revivre words of the prophets  on the subway walls ces mots j’aurais besoin que tu me les lises je ne vois plus clair je ne reconnais plus ...

l'énigme

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une vie un peu folle a repris dans le sous-sol montréalais on était descendus se mettre à l’abri du gris luisant des pluies de juin on s’ennuyait aussi de la force de nos bras quand le vent pousse sur les portes du métro Beaubien sauf que l’odeur de béton chaud et de pneu graissé s’était retirée tout sentait vert comme un souvenir d’enfance : on s’est tout de suite rappelé des arrivées à la maison qui filtraient dans l’auto après les longs voyages des nuits d’été qui nous avaient appris à arriver en ville comme dans un rêve sous la magie blanche des lampadaires (depuis plus loin que nous c’est un pouvoir qui nous unit : ces mêmes souvenirs vécus à une telle distance l'un de l'autre) c’est en redescendant l’escalier éteint (même vertige encore : perdre pied de ne plus se sentir transporté) c’est en éprouvant sous nos plantes nues le frais des mousses qui transpirait dans le creux inoxydable des marches qu’on l’a réalisé      ...

la glaire des étoiles (trois tankas)

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je remercie P. pour son accès Disney+ Bobba Fett renaît avec un cœur en peluche et Obi-Wan Kenobi… * je sors oublier les héros de mon enfance traverse la rue pour éviter un mendiant je suis plus âgé d'un jour * sur la rue Beaubien en face du PFK une flaque rose la nuit est un témoignage nous sommes motons d'étoiles

rumeurs du fond diffus cosmologique

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on vient de condamner l’accès au Labyrinthe (un vieux brouillon du monde ouvrant les uns aux autres les fonds de placards de notre enfance) tu as dû l’entendre toi aussi ce bruit de bouchon happé par un rewind soudain jusqu’au pétillement de l’aube (qu’adviendrait-il de la distance insentie entre deux points et leur prochain ?) dis-moi sinon ce que tu as entendu était-ce plutôt comme un silement clos dans le dur des bombes qu’on s'inventait tout petits pour rendre sa peur au blanc de nos ciels à colorier (champignons de feu géants sur une humanité en allumettes) ? les chambres dormiront seules maintenant (comme nous parfois quand on partage un même lit sans savoir où rêver à deux) collées à une nuit qui se prononcera : l’espace aura fini par prendre                                       ...

Les trois années de ma naissance

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si jamais tu as la chance de te perdre sur la section nord de l’autoroute 55 si jamais tu as besoin de passer par là mais il faudra que ce soit bien des années avant qu’on l’appelle Autoroute de l’Énergie oui il faudra t’y rendre durant les années 80 c’est trop demander peut-être sauf qu’aujourd’hui plus rien n’est tout à fait pareil il faut remonter le temps pour arriver à retrouver le fil des choses il faudra aussi que ce soit un soir glacial de février le vendredi après une semaine d’école ou de travail et il faudra absolument être passé par Montréal pour emprunter la 20 ou la 40 ça c’est sans importance même si c’est toujours bien plus déroutant quand on descend par le pont Laviolette il faudra prendre la 55 et puis tourner abruptement sur le chemin Forest et là                                    ...

l'heure verticale

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une fois par mois (ou deux ou cinq mais qui osera compter) la première heure du monde s’arrête devant chez nous (sur Beaubien est au coin Boyer) l’heure sanctuaire où rien ne se passe parce que tout attend parce que tout écoute l’asphalte respire enfin dans le noir ce qui est triste (je ne sais pas espérer) c’est qu’on ne nous dit jamais d’avance ce sera quand c’est annoncé nulle part comme si le rendez-vous entre la ville et le silence devait demeurer un incident c’est triste parce que je voudrais bien une fois seulement me coucher nu dos contre ma rue la plus intime – m’étendre le corps tout droit les bras en croix faire peau avec tout mon quartier je dévisagerais la nuit je la défierais de me faire honte devant les voisins qui dorment mon calme l’emporterait mais je ne suis pas assez fou pour risquer de me faire écraser (non je ne suis pas assez fou) je veux seulement sauver ma part de monde pendant que le temps s’arrête presque sans craindre comme d’habitu...

idylle cinétique

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depuis que je t’ai retrouvée toi qui poussais en mauvaise herbe dans le nid de poule de mes onze ans je me pousse aussi boisé que l’air dans tes chuchots je suis ta trace jumelle sur la garnotte de nos étés gommés de caoutchouc – nous sommes l’essieu vert du monde tout tourne autour de toi et moi et nous ça fait trois maintenant que rien d’autre ne compte je fonds l’un le deux je nous virevolte par quatre chemins et toi tu nous chavires sans toit ni loi sous le tremble dérouillé – nous sommes deux étoiles en cuiller dans le tournis d’une balançoire à pneu on déjoue le poids on se renverse la tête puis on attend que le haut le bas vacillent que la terre vire soudain plafond que le territoire se pende pour tournoyer comme un mobile immense au-dessus du vide blanc et bleu où rien ne tombe – resterons-nous longtemps tout seuls dans ce vertige ? Alexander Calder, Laocoön (1947)

l'amour à l'ère du trou noir

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on s’aime aux noyaux comme des restants de sacrifices on se presse de plus en plus fort l’un contre l’autre on se réchauffe le rayonnement fossile à la culasse de nos congères d’émois on se traverse comme des murs mitoyens nos parois sont fantômes on sort tout blancs l’un de l’autre baveux d’or mort et d’ectoplasme ensuite on se fait racler les épidermes ça coûte seulement deux huards la paire coin Papineau et Ontario on est remplis d’oiseaux gratuits dans l’empaillé de nos dedans d’oiseaux qui se rongent le frein lingual – que les sangs chantent mais ça déchire dès qu’on se frenche les os tout nous suce l’un à l’autre tant l’imminence de nos corps fondus en un bée dans sa belle masse Man Ray, sans titre, argentique sur gélatine (1929)

l'épreuve de l'oncle

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quand on est un enfant d’avant la fin du siècle dernier oui quand on porte aux fesses du souvenir les marques de l’impatience sur le banc d’église les rôles sont plus faciles à retenir une tante par exemple c’est affectueux mais ça se moque aussi de toi ça peut t’appeler Ti-Poil sans t’expliquer qui c'est   ou bien te faire gober le bouchon de crème figé comme un caillot en haut du verre de lait que tu as vu traire la veille (et toi tu avales tout et tu retiens de force le goût de vache qui veut te remonter la gorge) alors qu’un oncle ça va d’abord impressionner ça veut te faire revivre ses prouesses de recrue des forces armées ou LE concert de Chicago où tu n'iras jamais parce que tu es né trop tard  de sorte que 25 or 6 to 4 s’imprègne en toi comme TA chanson préférée (tu t’en vantes à ton frère avant même de l’avoir entendue) mais il y a des oncles qui vont un peu trop loin peut-être c’est discutable mais quand on cloue un 2 par 4 imbibé d’eau sal...

le ciel de Précieux-Sang

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ne te retourne pas mais il y a ma grand-mère qui se berce derrière toi elle m’apparaît de temps en temps oui j’aurais dû te le dire Laurette est morte sans savoir si le ciel au-dessus de son village était peuplé de vie et de mystère depuis elle vient nous rendre visite ne te retourne pas même si tu crois sentir passer l’éclipse sur ta nuque  –   cette noirceur étale où elle avait les yeux  –   ça peut faire peur Laurette veut seulement savoir si le ciel au-dessus de chez nous demeure encore aussi inexplicable la pauvre est morte sans réponse ne te retourne pas je vais chercher des retailles d’hosties fanées dans le buffet oui je les garde pour elle  – mange qu’elle devine que tu l’aimes parce qu'elle est morte sans savoir qu’un vaste ciel obscur et édenté ouvre la bouche pour nous sourire dès qu’on écoute ses longs silences Stanislao Farri, Eclisse totale , 1961  

musique pure et poésie impure : remarques en préambule à une pièce de Max Richter pouvant servir d'accompagnement à quelques-uns de mes poèmes

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Même s’il est vrai, comme l’affirmait Robert Melançon il n’y a pas si longtemps, qu’ il n’y a de poésie qu’impure et ne cherchant pas à se séparer des autres usages de la langue , je dois avouer que mes efforts poétiques des dernières années, investis pour l’essentiel dans un deuxième recueil qui s’intitulera peut-être  Théorie des jeux si je parviens un jour à le faire publier, se sont tenus, tant par le formalisme de leur composition que par le caractère abstrait de ce dont ils se veulent description, récit, exposé et plaidoyer , à l’écart de ces usages de la langue qu’on retrouve peut-être plus souvent dans la poésie québécoise actuelle (et dont je n’essaierai pas de faire ici une synthèse forcément simpliste et maladroite). Je tiens d’abord à dire ici que cet écart ne marque aucun désir chez moi de rupture avec notre poésie. D’abord et très généralement parce que le travail esthétique que chaque poète consacre inévitablement à signifier sa différence, à rendre audible sa ...

tandis que tu sortais prendre le journal

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chaque fois qu’on sort ensemble (est-ce pour m’acclimater au froid qui entre dès que je te vois partir ?) oui chaque fois je vais te laisser ouvrir   c’est peut-être pour ça que ce matin je grelotte à sentir la poignée de porte se coller les lèvres au doux de ta main (drôle d’image – je dois être sur le point de laisser un dernier rêve s’échapper) je t’ai toujours suivie de près ça remonte au temps où nous avions le même âge oui une semaine par année nous avions le même âge (tu dis que c’est toujours vrai mais j’ai parfois des doutes) je me souviens la première fois j’avais dix ans presque onze ans et toi onze ans bientôt douze ans tu voulais qu’on sorte pour 11h11 qu’on fasse un vœu sous les étoiles tu étais à peine dehors que je pouvais déjà sentir un scintillement de flocons fondre sur tes joues comme si c’était les miennes Artuš Scheiner, illustration pour Une pluie d'étoiles des frères Grimm (1921)

autostéréogramme

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je ne vois qu’au lever du jour quand toi tu lis le quotidien avec cet air à toi d’entendre bouillir chaque nouvelle odeur de café dans le bruit blanc de nos rumeurs givrées à la fenêtre de la cuisine mais je ne te perdrai pas de vue tu es un signe un autostéréogramme il faut regarder loin derrière toi – les yeux ancrés à l’horizon pour que tu paraisses constellation pour que tu danses sur l’abat-jour virant au son cassé de ma boîte à musique (la mélodie daterait selon toi de 1922) non je ne te perdrai pas de vue

pendant une seconde – l’éclipse

c’est une lune c’est un poumon c’est un oiseau hypothermique on sent à peine le froid passer tant son haleine blanche sile loin au-dessus de l’audible