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chroniques mercuriennes 8 - la rose comitiale

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dans chaque individu de la vie courante un puits artésien aussi large que lui et    si on descend                                            à l'intérieur c'est              dehors Vincent Lambert, Mirabilia On a donné à la planète Mercure le nom du messager des dieux parce c’était la plus fuyante, la plus difficile à observer, celle qui semblait le moins vouloir tenir sur place dans notre ciel où ne s’éloignant jamais à plus de 27 degrés du soleil, elle se lève et se couche toujours autour de la même heure que celui-ci, n’apparaissant qu’au crépuscule ou à l’aube, lorsque les conjonctions sont propices. Un jour l’idée m’est venue de m’identifier à cette diligente et imprévisible amie du soleil, un peu à la façon dont j’aurais aussi pu me rendre prétentieusement dark et edgy en choisissant la dernière teinte visible avant l’ultrav...

nul ne sort d'ici sans thermomètre 3 - matières premières de l'alchimie

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Et sicut omnes res fuerunt ab uno, mediatione unius, sic omnes res natae fuerunt ab hac una re, adaptatione Et comme toutes choses furent par l’un, par la médiation de l’un, ainsi toutes choses furent nées de cette chose une par adaptation Hermès Trismégiste   Il est temps d’expliciter un peu plus clairement le sens de cette tâche prétendument antiphilosophique que je me suis donnée ici en la présentant comme alchimie sans justifier l’emploi de ce terme par mieux qu’une lecture trop personnelle et sympathisante de la belle occasion qu’il aura trouvée de se réinventer chez Saint-Denys Garneau, mon seul indispensable poète québécois. J’exagère évidemment en désavouant ainsi l’enracinement national – ou provincial – de ma culture littéraire, mais pour paraphraser notre Dany Laferrière international, s’il est vrai que la bibliothèque d’un écrivain constitue sa seule véritable patrie, il sera facile de le constater en venant chez moi : I’m not from around here , sau...

chroniques mercuriennes 7 - l'ombre de Vulcain

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J’ignore pourquoi Sophie est venue se perdre ici. Parfois je rêve à elle, encore charnelle et éthérique. Encore terrestre. Je nous retrouve alors tous deux en train de marcher ensemble, en Islande je crois, au c œur   d’un paysage de feu et de glace, de terre et de ciel. Un paysage sublime et qui passera pourtant peut-être pour désolé auprès de qui n’a pas comme elle et moi été marqué au fer de la gratitude par la surface incandescente et à jamais stérile de Mercure. On prend aisément la vie sur Terre pour acquis. Mais du point de vue de l’explorateur extraterrestre qu’on imaginerait venu chercher des signes de vie sur cette île ressemblant vaguement à une petite lune au nord de l’Atlantique, sous l’azur déjà rassurant d’un ciel si mince et si miraculeusement propice, le paysage islandais le plus désert cache bien mal une vie fermement implantée dans le vert tendre et moussu du plus petit fragment de pierre volcanique, une vie grouillante et orgiaque jusque dans l’invisible rou...

chroniques mercuriennes 6 - les amants hermétiques

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Ryota Kajita,  Frozen bubbles #26  (2014-2018) – Il faut que je te montre de quoi. C’est Sophie qui revient de son excursion au cratère Prokofiev. Elle a l’air troublé, les yeux humides, mais je la connais assez pour ne pas lui montrer que je m’en rends compte. – Tu as trouvé quelque chose ? – Si on peut parler de chose … Il y a un étang congelé là-bas. Et dans l’étang il y a un, ou plutôt… il vaudrait mieux que tu ailles constater toi-même. Je l’ai déjà mentionné, je n’aime pas me déplacer sur Mercure. Je suis malhabile. Je parviens mal à visualiser mon corps et mon environnement. Et même si on fait ici seulement 38% de notre poids terrestre, comme il faut parcourir plus d’une centaine de kilomètres pour parvenir à la seule extrémité d’un cratère faisant lui-même 56 kilomètres de rayon, j’ai peur de me fatiguer en chemin, d’épuiser le peu d’attention que j'arrive à canaliser ici, de finir par trébucher en tentant maladroitement de descendre une paroi rocheuse abrupte....