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Affichage des articles associés au libellé Le ciel de Précieux-Sang

rumeurs du fond diffus cosmologique

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on vient de condamner l’accès au Labyrinthe (un vieux brouillon du monde ouvrant les uns aux autres les fonds de placards de notre enfance) tu as dû l’entendre toi aussi ce bruit de bouchon happé par un rewind soudain jusqu’au pétillement de l’aube (qu’adviendrait-il de la distance insentie entre deux points et leur prochain ?) dis-moi sinon ce que tu as entendu était-ce plutôt comme un silement clos dans le dur des bombes qu’on s'inventait tout petits pour rendre sa peur au blanc de nos ciels à colorier (champignons de feu géants sur une humanité en allumettes) ? les chambres dormiront seules maintenant (comme nous parfois quand on partage un même lit sans savoir où rêver à deux) collées à une nuit qui se prononcera : l’espace aura fini par prendre                                       ...

Les trois années de ma naissance

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si jamais tu as la chance de te perdre sur la section nord de l’autoroute 55 si jamais tu as besoin de passer par là mais il faudra que ce soit bien des années avant qu’on l’appelle Autoroute de l’Énergie oui il faudra t’y rendre durant les années 80 c’est trop demander peut-être sauf qu’aujourd’hui plus rien n’est tout à fait pareil il faut remonter le temps pour arriver à retrouver le fil des choses il faudra aussi que ce soit un soir glacial de février le vendredi après une semaine d’école ou de travail et il faudra absolument être passé par Montréal pour emprunter la 20 ou la 40 ça c’est sans importance même si c’est toujours bien plus déroutant quand on descend par le pont Laviolette il faudra prendre la 55 et puis tourner abruptement sur le chemin Forest et là                                    ...

l'épreuve de l'oncle

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quand on est un enfant d’avant la fin du siècle dernier oui quand on porte aux fesses du souvenir les marques de l’impatience sur le banc d’église les rôles sont plus faciles à retenir une tante par exemple c’est affectueux mais ça se moque aussi de toi ça peut t’appeler Ti-Poil sans t’expliquer qui c'est   ou bien te faire gober le bouchon de crème figé comme un caillot en haut du verre de lait que tu as vu traire la veille (et toi tu avales tout et tu retiens de force le goût de vache qui veut te remonter la gorge) alors qu’un oncle ça va d’abord impressionner ça veut te faire revivre ses prouesses de recrue des forces armées ou LE concert de Chicago où tu n'iras jamais parce que tu es né trop tard  de sorte que 25 or 6 to 4 s’imprègne en toi comme TA chanson préférée (tu t’en vantes à ton frère avant même de l’avoir entendue) mais il y a des oncles qui vont un peu trop loin peut-être c’est discutable mais quand on cloue un 2 par 4 imbibé d’eau sal...

le ciel de Précieux-Sang

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ne te retourne pas mais il y a ma grand-mère qui se berce derrière toi elle m’apparaît de temps en temps oui j’aurais dû te le dire Laurette est morte sans savoir si le ciel au-dessus de son village était peuplé de vie et de mystère depuis elle vient nous rendre visite ne te retourne pas même si tu crois sentir passer l’éclipse sur ta nuque  –   cette noirceur étale où elle avait les yeux  –   ça peut faire peur Laurette veut seulement savoir si le ciel au-dessus de chez nous demeure encore aussi inexplicable la pauvre est morte sans réponse ne te retourne pas je vais chercher des retailles d’hosties fanées dans le buffet oui je les garde pour elle  – mange qu’elle devine que tu l’aimes parce qu'elle est morte sans savoir qu’un vaste ciel obscur et édenté ouvre la bouche pour nous sourire dès qu’on écoute ses longs silences Stanislao Farri, Eclisse totale , 1961  

tandis que tu sortais prendre le journal

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chaque fois qu’on sort ensemble (est-ce pour m’acclimater au froid qui entre dès que je te vois partir ?) oui chaque fois je vais te laisser ouvrir   c’est peut-être pour ça que ce matin je grelotte à sentir la poignée de porte se coller les lèvres au doux de ta main (drôle d’image – je dois être sur le point de laisser un dernier rêve s’échapper) je t’ai toujours suivie de près ça remonte au temps où nous avions le même âge oui une semaine par année nous avions le même âge (tu dis que c’est toujours vrai mais j’ai parfois des doutes) je me souviens la première fois j’avais dix ans presque onze ans et toi onze ans bientôt douze ans tu voulais qu’on sorte pour 11h11 qu’on fasse un vœu sous les étoiles tu étais à peine dehors que je pouvais déjà sentir un scintillement de flocons fondre sur tes joues comme si c’était les miennes Artuš Scheiner, illustration pour Une pluie d'étoiles des frères Grimm (1921)

autostéréogramme

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je ne vois qu’au lever du jour quand toi tu lis le quotidien avec cet air à toi d’entendre bouillir chaque nouvelle odeur de café dans le bruit blanc de nos rumeurs givrées à la fenêtre de la cuisine mais je ne te perdrai pas de vue tu es un signe un autostéréogramme il faut regarder loin derrière toi – les yeux ancrés à l’horizon pour que tu paraisses constellation pour que tu danses sur l’abat-jour virant au son cassé de ma boîte à musique (la mélodie daterait selon toi de 1922) non je ne te perdrai pas de vue

pendant une seconde – l’éclipse

c’est une lune c’est un poumon c’est un oiseau hypothermique on sent à peine le froid passer tant son haleine blanche sile loin au-dessus de l’audible