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chroniques mercuriennes 8 - la rose comitiale

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dans chaque individu de la vie courante un puits artésien aussi large que lui et    si on descend                                            à l'intérieur c'est              dehors Vincent Lambert, Mirabilia On a donné à la planète Mercure le nom du messager des dieux parce c’était la plus fuyante, la plus difficile à observer, celle qui semblait le moins vouloir tenir sur place dans notre ciel où ne s’éloignant jamais à plus de 27 degrés du soleil, elle se lève et se couche toujours autour de la même heure que celui-ci, n’apparaissant qu’au crépuscule ou à l’aube, lorsque les conjonctions sont propices. Un jour l’idée m’est venue de m’identifier à cette diligente et imprévisible amie du soleil, un peu à la façon dont j’aurais aussi pu me rendre prétentieusement dark et edgy en choisissant la dernière teinte visible avant l’ultrav...

chroniques mercuriennes 7 - l'ombre de Vulcain

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J’ignore pourquoi Sophie est venue se perdre ici. Parfois je rêve à elle, encore charnelle et éthérique. Encore terrestre. Je nous retrouve alors tous deux en train de marcher ensemble, en Islande je crois, au c œur   d’un paysage de feu et de glace, de terre et de ciel. Un paysage sublime et qui passera pourtant peut-être pour désolé auprès de qui n’a pas comme elle et moi été marqué au fer de la gratitude par la surface incandescente et à jamais stérile de Mercure. On prend aisément la vie sur Terre pour acquis. Mais du point de vue de l’explorateur extraterrestre qu’on imaginerait venu chercher des signes de vie sur cette île ressemblant vaguement à une petite lune au nord de l’Atlantique, sous l’azur déjà rassurant d’un ciel si mince et si miraculeusement propice, le paysage islandais le plus désert cache bien mal une vie fermement implantée dans le vert tendre et moussu du plus petit fragment de pierre volcanique, une vie grouillante et orgiaque jusque dans l’invisible rou...

chroniques mercuriennes 6 - les amants hermétiques

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Ryota Kajita,  Frozen bubbles #26  (2014-2018) – Il faut que je te montre de quoi. C’est Sophie qui revient de son excursion au cratère Prokofiev. Elle a l’air troublé, les yeux humides, mais je la connais assez pour ne pas lui montrer que je m’en rends compte. – Tu as trouvé quelque chose ? – Si on peut parler de chose … Il y a un étang congelé là-bas. Et dans l’étang il y a un, ou plutôt… il vaudrait mieux que tu ailles constater toi-même. Je l’ai déjà mentionné, je n’aime pas me déplacer sur Mercure. Je suis malhabile. Je parviens mal à visualiser mon corps et mon environnement. Et même si on fait ici seulement 38% de notre poids terrestre, comme il faut parcourir plus d’une centaine de kilomètres pour parvenir à la seule extrémité d’un cratère faisant lui-même 56 kilomètres de rayon, j’ai peur de me fatiguer en chemin, d’épuiser le peu d’attention que j'arrive à canaliser ici, de finir par trébucher en tentant maladroitement de descendre une paroi rocheuse abrupte....

chroniques mercuriennes 5 – la croix en décomposition

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Je n’ose jamais parler au soleil. Étant donné tout ce que je me permets de voir ou d’inventer en ces chroniques invraisemblables, tu t’en surprendras peut-être. Plus encore que cette distance imaginaire suffisant à faire taire en moi le bavardage nécessaire et épuisant de l’urgence humaine, ce que je suis venu chercher ici, c’est justement cette brûlante proximité au soleil, qui devient alors provisoirement pour moi, comme il persiste à l’être pour tant d’autres depuis qu’on rêve sur la Terre, une présence vivante, consciente, intelligente bien au-delà de ce que je puisse m’imaginer. Mais je préfère le contempler silencieusement, tandis qu’il fait son tour de limace éblouissante à l’horizon, en espérant que sa vérité veuille bien se révéler à moi par rayonnement, et que j’arriverai à l’absorber même si je n’y entends rien. Le soleil ne me parle pas non plus. Je crois que je réagirais mal s’il le faisait. Quand Sophie vient me jaser, j’accepte facilement le flou ontologique au...

chroniques mercuriennes 4 – l’harmonie sans cosmos

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J’ignore ce qui a amené Sophie à venir se réfugier ici, mais j’ai accumulé assez de preuves pour conclure que cela fait plus de dix qu’elle n’est pas retournée sur la Terre. En soi il n’y a là rien de surprenant. Plus que quiconque, Sophie est une personnalité mercurienne. C’est une apatride, une citoyenne de l’univers, une Survenante . Une femme-événement qui n’est toujours que de passage et qui ne saurait s’enraciner affectivement ou moralement dans une communauté qui demeurera forcément trop définie ou trop bornée pour elle. Et intellectuellement, c’est une redoutable avocate du diable, aussi rapide et rigoureuse que dépourvue d’attache ou d’engagement envers le moindre système d’idées ou de valeurs. Seulement voilà, quelque cloche avec elle. Comme si le fil qui la reliait au monde s’était cassé et qu’elle ne pouvait plus revenir. Elle n’ose pas m’en parler, mais je crois qu’elle a perdu tout souvenir personnel de son passé terrestre. Elle a dû vivre un traumatisme épouvantable. L...