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Affichage des articles associés au libellé prose poétique

Là où les chemins ne se croisent pas

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Tu avais insisté pour stationner l’auto sur la rue Gauthier. On allait pouvoir se rendre au fleuve en descendant le sentier qui traversait l’ancienne terre de ton grand-père. Tu l’avais fait souvent quand tu étais petite. Je t’avais montré la carte. Le boulevard Bécancour longeait le littoral jusqu’à Nicolet. On allait forcément le croiser. Selon toi c’était la carte qui se trompait. Je t’ai suivie de mauvaise humeur. Et toi comme une enfant tu as souri tout le long du chemin. Souri en me montrant la ruine rouillée du vieux tracteur sur lequel ton genou s’était égratigné (et qui attendait toujours trente ans plus tard d’être « envoyé à la scrap »). Souri encore en te mouillant le pied pour passer le ruisseau où l’on t’avait retrouvée évanouie, la tête saignant sur un galet, lovée contre la masse noire et affalée d’une génisse morte. Souri de plus belle en me signalant la bouse où je m’en allais piler et qui ressemblait « exactement » à celle si bien garnie de ces champignons q...

sidérurgie et intranquillité

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Commençons donc. Même compacts dans le garrot feuilleté des croûtes et du fardeau pascal (ici chaque kilo se fraie sous l’autre à l’infini). Oui même dans le noir immaculé de nœuds à rendre tels quels, depuis l’intact. Parce que c’est d’ores et en silence que doit s’écrire (et s’y résoudre) l’opacité de l’ocre. L’histoire des lames ne se ramasse qu’ainsi, plaies de lit moulées dans le labour (et l’à rebours impraticable) de terres à ne plus savoir qu’en faire (sauf que nous grugerons du soir venu à l’aube – herbage et pulpe – pour jouer de nos dents avant qu’elles cassent). Aussi commençons donc. Et de ce seul geste sans qui voulu, sommons l’espace (luxuriances et gestations par-delà sondes et tacts) de nous permettre, de nous admettre enfin. Déjà la rose irrésolue des sens, déjà le bas-ni-haut tangue et nous ploie entre magma et rouille (nous sommes tant de rouge à ne s’être jamais vu). Entre l’infusion du tout-retour et cette trop lente infiltration d’un ciel à peine oxyde et picotem...

soldes de la fin du monde

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ce qui m’agace le plus chez toi (je le dis parce qu’il nous reste peu d’autres façons d’aimer) c’est ton cœur coureur de fond, ses battements plus infaillibles que nos bulletins météo passés date (en plus tu sais combien le mien s’emballe dès qu’on l’écoute) hier encore je me collais (petite oreille) contre ton cou trépidant presque de la neige sur le point d’éclore, en même temps que toi, au sein d’un même (mauvais ?) rêve – regarde aujourd’hui comme le blanc s’affale dense et mouillé sur le pôle noir-éteint de notre Petite-Patrie sans Père Noël (ça fait combien d’années qu’on ne parade plus sur la Plaza ?) tu me l’as dit l'autre fois : « dimanche il va falloir reculer l’heure » – comment fais-tu pour te souvenir des jours quand il ne reste plus un seul enfant pour faire tourner le temps comme du monde (le cerceau traîne cassé en s dans la remise du voisin d’en haut) ? je t’aurais bien serré les ouïes,  mais tu n’aurais pas compris ce que je voulais dire et comme prévu d...

pied levé

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Fallait-il s’y attendre ? Nous arrivions zodiaques. Déplâtrés vifs. Sous-suscités avant l’heure propice. Pauvres du moindre exemple, sinon ambiances et vagues. Pressions , tiédeurs et battements  imposeraient leurs termes aux frères et sœurs dans l’antérieur. (Méditation : sentir encore main tenant main le fond d’air mou d'un tel précipité). La chute fut brusque. Chamade après chamade un alentour alerte et remontant soudain – reflux acide : nom composé de la lueur-et-déchirement – de l’absence démesurée qu’avale encore (à peine) l’arrière-pays des yeux. L’effort fut commencement fendu dans le rose croûté de nos paupières. (Prière : se souvenir en se frottant le front de chaque mur auquel on l'a cogné pour disparaître). Fallait-il être prêt ? Comme on l’était ce dimanche après-midi, de belles années plus tard, la fois où on a fait le détour pour aller revoir couler, depuis le pont couvert dit des Raymond , le brun laiteux de la Seine (le ruisseau descend de Saint-Céle...

grippe aviaire

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on a fini par s’embarquer dans le noir vaste et péremptoire qui venait de s’immobiliser devant nous en dégoisant le poids sans fond de son accablement (une quinte de sol toussée un bon deux pieds à gauche de notre piano désaccordé)  c’était un ton beaucoup trop grave pour nos deux têtes de linottes ce qui fait qu’on a eu la chance de se laisser engloutir sans avoir peur de se perdre (ou de découvrir à la toute fin qui on avait vraiment été dans les caches de nos hontes) on s’est quand même tenus par la main pour se ravitailler un peu les cœurs (on est jumeaux par le cordon toi et moi et l’ombilic nous tient depuis tellement loin que je peux parfois t’entendre pleurer dans le sifflement des conques)  on a touché une dernière fois pendant que les chairs de poule de notre amour sans queue ni tête caquetaient de plus en plus effarouchées sur le seuil de l'anéantissement  on ne sait jamais où on s’en va c’est ce qu'a choulé ma plaque d’eczéma (celle qui n’existe que pour t...

burnout

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depuis que le voisinage est parti en fumée on se lâche lousse dans les logements abandonnés on rentre partout on a la permission toutes les portes sont débarrées et il y a toujours welcome d’écrit au doigt sur les vitres extérieures (nos buées ne mentent pas)  on ne touche à rien on entre seulement pour ressentir un peu le creux des corps passés sur les fauteuils on pose nos fesses sur le souvenir discret de l’existence d’autrui on ne reste jamais longtemps l’odeur de pourrissement nous semble de moins en moins morale on tient à rester propres c’est pour ça qu’on ne touche à rien sauf pour la fois où on a pris un bain au lait de chèvre chaud dans notre première baignoire king size ça s’est caillé immédiatement sur nous et on a dû passer deux jours sous les lapements des chats qui s’étaient mis à nous grimper dessus on ne pique à peu près rien non plus sinon les trucs asiatiques (qui aurait cru que le Japon était si Big in Montreal ?) c’est notre péché mignon tellement que le ...

ce que révèlent les cartes

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il fait trop froid depuis trop longtemps pour en sortir alors on joue aux cartes afin de passer le temps on réinvente les règles tous les carreaux sont des étoiles le trois c’est une naine blanche dans la plupart des jeux ça bat le deux de carreau qui lui est une naine brune on dirait presque une planète (autrement dit du trèfle) sauf que c’est juste un peu trop chaud et que ça rayonne d’une lumière qui est invisible même à l’ œil   gauche (celui qui voit dans l’à travers des choses) c’est une lumière qui ne s’éprouve que par les pores du visage mais à petite dose seulement sinon ça donne des rides oui chaque carte a des effets spéciaux comme ça faut dire que l’on commence à s’ennuyer ici c'est pour ça que notre paquet compte maintenant soixante-seize cartes on a inclus tous les arcanes majeurs les tailles ne sont pas toutes pareilles le jeu fait un peu dur mais il n'y a personne pour nous regarder nous deux et nos soixante-quinze cartes en tout (il faut toujours d'abord en...

chute libre

la nouvelle n'a été reçue nulle part avec l'attention qu'elle mérite tout reste bien sûr à confirmer nos instruments de mesure ne sont pas encore assez sensibles mais il n'y a pas de source plus sûre qu'un je réapprenant à s'ébahir devant le surgissement de son propre monde or voilà que cette ascèse ancienne passant auprès des malheureux et des dépossédés pour provoquer la seule félicité durable vient pour la première fois de nous révéler que la lumière a pris du poids cette année  I know tout le visible en est atteint l'effet se fait déjà sentir dès que plus de deux êtres regardent trop longtemps au même endroit dès qu'une mère un père une soeur s'attardent sur ce fils notre frère ce n'est encore qu'un garçon en train de réussir sa vie pour un instant plus mémorable qu'un autre dès lors quelque chose comme un engourdissement subtil englue fige puis étouffe toute cette scène qui palpitait de promesses on peut déjà entendre sonner l'...