l'heure verticale
une fois par mois (ou deux ou cinq
mais qui osera compter)
la première heure du monde s’arrête
devant chez nous (sur Beaubien est
au coin Boyer) l’heure sanctuaire
où rien ne se passe parce que tout
attend parce que tout écoute
l’asphalte respire enfin dans le noir
ce qui est triste (je ne sais pas espérer)
c’est qu’on ne nous dit jamais d’avance
ce sera quand c’est annoncé nulle part
comme si le rendez-vous entre la ville
et le silence devait demeurer un incident
c’est triste parce que je voudrais bien
une fois seulement me coucher nu dos
contre ma rue la plus intime – m’étendre
le corps tout droit les bras en croix
faire peau avec tout mon quartier
je dévisagerais la nuit je la défierais
de me faire honte devant les voisins
qui dorment mon calme l’emporterait
mais je ne suis pas assez fou pour risquer
de me faire écraser (non je ne suis pas assez
fou) je veux seulement sauver ma part de monde
pendant que le temps s’arrête presque
sans craindre comme d’habitude (et n’importe qui)
de me faire écraser par l’histoire de l’humanité
qui veut reprendre son cours derrière le feu
rouge de l’autre côté de Christophe-Colomb
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